Après avoir fait sensation au Festival de Cannes en mai dernier, en décrochant au passage, la caméra d’or avec un discours remarqué, et le fameux « T’as du clito » lancé par la réalisatrice au sélectionneur de la Quinzaine des réalisateurs. Divines d’Houda Benyamina est sorti en salle ce mercredi, un film coup de poing, sombre et drôle. 

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Synopsis 

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Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

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Un tournage compliqué

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Un premier film dont le tournage a été compliqué, puisque Houda Benyamina a mis près de quatre ans à le tourner, pour des problèmes de budget « C’était le temps qu’il fallait. On a désormais des difficultés à trouver de l’argent pour tourner, mais pour moi le manque d’argent n’a jamais été un écueil, on peut toujours trouver des moyens. On me dit sans cesse que c’est la crise, sauf que, là d’où je viens, ça a toujours été la crise ! ».

La majorité des chaînes de télévision ont refusé de participer au financement de « Divines », « Ils venaient de financer Bande de filles de Céline Sciamma, ils ne voulaient plus de film de banlieue. Mais mon producteur est comme moi, il s’est battu, il a harcelé France 2 Cinéma, et fini par obtenir un rendez-vous avec la responsable du cinéma de la chaîne, Valérie Boyer : je suis restée une heure dans son bureau, je lui ai expliqué que ce n’était pas un film de banlieue, et en sortant elle m’a dit oui. ».

Une réalisatrice qui en a sous le capot et qui à force de persévérance a réussi à obtenir un budget de 2 millions d’euros. Un premier film, inventif, profond, drôle et sombre, qui force l’admiration.

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Un casting bluffant

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Le casting de Divines va vous clouer au fond de votre siège.

Divines ne croit à rien d’autre qu’à ses personnages, dans les trois rôles principaux, on retrouve Oulaya Amamra (Dounia), Déborah Lukumuena (Maimouna) et Jisca Kalvanda (Rebecca), avec un jeu sobre et puissant qui vous prend par la gorge.

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Oulaya Amamra crève l’écran, avec une interprétation particulièrement juste et profonde. Son personnage, Dounia, vous fera rire au début, vous attendrira au milieu, avant de vous achever et de vous noyer dans vos larmes à la fin.

Oulaya n’est autre que la petite sœur de la réalisatrice, mais elle n’a pas volé son rôle, loin de là « Au départ, je ne souhaitais pas qu’elle joue Dounia, je lui avais dit qu’il était inutile qu’elle passe le casting, parce que j’ai une relation fusionnelle avec elle que je ne voulais pas abîmer. En plus, c’est quelqu’un de délicat, de précieux, elle a fait quinze ans de danse classique, elle est allée dans un lycée catholique privé… Bref elle est très éloignée du personnage de Dounia. Mais elle a su me convaincre… Et elle s’est métamorphosée. » A-t-elle point qu’on ne prend pas un grand risque en vous disant que son interprétation fleure bon la nomination aux César.

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Un film coup de poing

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Divines est un film esthétique, mais cruellement ancré dans une réalité dont on ne sort pas indemne.

Dounia et Maimouna aiment tout ce qui brille et rêvent de luxe et de grosses voiture, avec une spontanéité et une certaine naïveté, elles se jettent dans la gueule du loup : Rebecca. Une relation tendre au début, un lien presque fraternel se tisse entre la dealeuse et ses « petites » comme elle les appelles, mais qui va vite tourner à l’intimidation et la violence.

Dans une cité, où la misère aiguise les appétits, des jeunes rêvent de pouvoir et de reconnaissance. Ils s’inventent une vie meilleure sur les réseaux sociaux, et se défient toute forme d’autorités.

Très vite, on sent les deux amies à fleur de peau, si leur spontanéité, leur complicité et leur projet d’avenir « Money money money » qui nous rappelles ceux des héroïnes de « Tout ce qui Brille », déclenchent des éclats de rire, le ton bascule très vite et Dounia et Maimouna, nous arrachent souvent quelques larmes.

On sent dès le début du film, la rage qui anime Dounia, notamment lors d’un affront avec son professeur, étudiante en « BEP accueil », quand la prof lui balance qu’elle n’arrivera jamais à rien, Dounia plaque tout en lâchant « Je vais me faire plus d’argent que tu pourras jamais t’en faire ».

Plus que de belles voitures et de voyage au bout du monde, Dounia rêve surtout de respect et de reconnaissance. L’argent et la considération de Rebecca sont pour elle le moyen de prendre le contrôle de son existence, elle est alors prête à tout pour monter les échelons, et ne plus être « la batarde », coincée dans son bidonville avec un mère peu responsable.

Mais la jeune femme tombe sous le charme de Djigui (Kevin Mischel, qui, en passant, est une frappe atomique), un jeune homme qui trouve son salut dans la danse. On rencontre alors la vraie Dounia, elle tombe le masque dans une merveilleuse scène chorégraphiée au milieu d’un Leclerc (oui oui), « Je m’appelle Dounia. Dounia », crie la jeune femme en virevoltant dans les bras de Djigui. C’est le tournant du film.

Djigui et Dounia nous offrent également la scène de danse la plus sexuelle de l’année, un des rares moments ou la jeune femme se laisse apprivoiser.

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Divines, une nécessité

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On ne va pas tout vous dévoiler, mais la fin du film vous retourne l’estomac, les intestins, le cerveau et tout le reste.Une scène finale qui vous laisse complètement sonné, et quand les lumières se rallument,vous serez rassuré de voir que tous les autres spectateurs sont dans le même état que vous. Un peu comme après Mommy de Xavier Dolan, on se retrouve cloué au fond de notre siège, des traces de mascara jusqu’aux joues et le cerveau en ébullition entre émotion et colère.

Comme le dit sa réalisatrice « Je ne dirais pas pour autant que Divines est un film de révolte. C’est un constat« . C’est une réalité qui fait mal qu’on se prend en pleine face, une rage de vivre de l’état pur, bouleversante et un casting bluffant. On vous incite vivement à le voir, c’est une nécessité.