Film événement de la rentrée, Juste la fin du Monde va vous clouer au fond de votre siège, comme seul Xavier Dolan sait le faire.

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Synopsis :

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Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.

Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

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Les regards

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Le film s’ouvre sur le personnage central, Louis, dans un avion, tandis qu’en off la voix de Gaspard Ulliel annonce d’emblée la couleur « Me donner, et donner aux autres, une dernière fois, l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. », ça donne pas envie de danser la polka tout de suite, mais Juste la fin du monde, est un très bon film, d’un des réalisateurs les plus talentueux de notre génération, n’en déplaise à certain.

Ce personnage qui vient annoncer sa mort à ceux qui n’attendent que son retour et l’annonce d’un futur partagé, va vous clouer au fond de votre siège.

Il vient annoncer sa mort et pourtant il est déjà fantomatique, comme une tombe à laquelle on parle pour se remémorer les bons moments. Les discussions sont souvent à propos du passé, pour essayer de faire revivre par la parole un temps révolu.

L’essence du film se trouve dans les regards, ils expriment ce que les personnages sont incapables de dire eux-mêmes. Au milieu de cette famille qui ne sait que communiquer par des cris et des insultes, personne n’écoute Louis. On est par-delà l’incommunicable, dans la zone irréparable du déjà trop tard. Par ses gros plans de visage, Dolan nous plonge dans le plus profond de ses personnages, un prise de risque certes, mais un pari réussi.

 

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Des personnages forts

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Coup de coeur pour deux personnages en particulier. Tout d’abord celui de Catherine, avec une Marion Cotillard dans le rôle d’une épouse hypersensible et souffre-douleur d’un Antoine aigri. Tout le monde la prend pour une idiote, mais elle comprend très vitre la raison de la visite de Louis, avec des échanges de regards magnifiquement bien filmés.

Le personnage de connard de Vincent Cassel est extraordinaire. Il nous emmène avec lui dans tout son désordre intérieur, entre rancoeur, tendresse, pudeur et larmes. Cassel nous offre la plus belle scène du film, la scène finale lorsqu’il explose, et que tout ce micmac d’émotions prend le dessus.

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Dragostea Din Tei

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On attendait également avec impatience la bande originale de ce film, Dolan ayant un don pour toujours sélectionner les titres les plus adaptés, offrant une résonance particulière à certaines scènes (on se souvient de l’excellente bo de Mommy). Ici, la chanson Home is where it hurts (la maison c’est là ou ça fait mal) de Camille, donne le ton. On assiste aussi à un scène surprenante ou Léa Seydoux et Nathalie Baye se trémoussent sur un vieux titre d’O-Zone, et rien que pour ça : merci Xavier.

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Un pari réussi

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On se sent parfois asphyxié dans ce huit clos ou les personnages n’arrivent pas à communiquer, ou tout le monde transpire et chacun oscille entre coups de gueule orduriers et silence plein de sens. lorsque la lumière s’éclaircit c’est pour nous faire participer à la remémoration d’un souvenir de jeunesse, où joie et insouciance étaient les maîtres mots. D’un coup des couleurs plus agréables viennent nous caresser la rétine, nous faire sentir l’enivrante passion d’un amour volatilisé. Une parenthèse bienvenue, respiration vive et futile, que l’on prend le temps d’apprécier que lorsqu’elle s’achève, là où le film est sublime, c’est dans sa capacité à nous fracasser le cœur dans ses moments de silence.

On a pas trouvé meilleure conclusion que le discours de Xavier Dolan :

« À partir du matériau fort qu’est Juste la fin du monde, du grand Jean-Luc Lagarce (que j’espère tellement ne pas avoir déçu, où qu’il soit), j’ai tenté au mieux d’extraire un film et de raconter l’histoire et les émotions de personnages parfois criards parfois méchants mais surtout blessés, qui vivent comme tant d’entre nous, comme tant de mères, de frères, de soeurs, dans la peur, dans le manque de confiance, dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé. Moi, en tout cas. Pour être accepté. »

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