Quentin Tarantino a donné une masterclass exceptionnelle le mercredi 12 octobre dans le cadre du Festival Lumière de Lyon. Retour sur les moments fort de ces 2h en tête à tête (ou presque) avec le maître du genre ! 

L’Auditorium de Lyon dans le quartier de la Part-Dieu affichait complet ce mercredi 12 octobre, les cinéphiles se bousculaient pour écouter le Maître : Quentin Tarantino, venu spécialement pour le Festival Lumière, fidèle à l’institution des Frères Lumière, qui lui avait octroyé son fameux prix il y a quelques années.

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Cette année, Tarantino est présent en tant que cinéphile avant tout. Pendant près de deux heures, il a évoqué l’année 1970, sa dernière obsession à laquelle il consacre la plupart de son temps depuis maintenant 4 ans. Mêlant références et souvenirs d’enfance avec un enthousiasme, une précision, un débit de mitraillette et une passion fidèle à l’idée qu’on se fait du personnage, Tarantino a réussi l’exploit de conquérir encore plus, un public qui était déjà sous le charme. 

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Avant de rentrer dans le vif du sujet, Quentin Tarantino nous a parlé de sa propre salle de cinéma, le New Beverly de Los Angeles. Il y fait la programmation avec sa collection personnelle et y anime même des soirées : « Depuis des années, je collectionne des copies 16 et 35 mm, et je savais que je ne m’en tiendrais pas aux projections pour les amis. Cette salle, qui existait depuis 1978 était en souffrance, j’ai commencé à la soutenir financièrement, et à la mort du patron, je l’ai reprise (…) Ce n’était pas seulement pour cette salle en particulier, mais aussi pour moi-même. Los Angeles, c’est chez moi, et ma vie serait plus terne si cette salle disparaissait. Il y a d’autres endroits comme ça que je soutiens dans les environs, comme un vieux vidéoclub sans lequel tout serait moins sympa. Et quand je dis « vidéoclub », je parle bien de VHS.»

Pour le Festival Lumière, le réalisateur a sélectionné 14 films, tous sortis en 1970, de nationalité et de styles différents : Zabriskie Point, Love Story, Le Genou de Claire, L’Oiseau au plumage de cristal, Deep End, Le Boucher, La Lettre du Kremlin, Hollywood Vixens, On n’achète pas le silence, Vas-y Fonce, La Vie privée de Sherlock Holmes, ou encore M*A*S*H* (diffusé ce soir là) et Cinq Pièces Faciles, sans oublier La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil  d’Anatole Litvak, que Bertrand Tavernier « n’avait jamais vu, et il n’y en a pas beaucoup », souligne le directeur du festival Thierry Frémaux

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Une liste qui ne représente pas le « top 14 – 1970 » du réalisateur, mais ce sont ceux dont les copies en 35mm (of course) étaient disponibles et ceux qui étaient les plus représentatifs de cette année « Quand j’établis la liste des meilleurs films de cette époque, je m’aperçois que ceux qui m’intéressent le plus se trouvent plutôt dans le bas du classement. Bien sûr, il y aura toujours un critique en moi qui tranchera entre le bon et le mauvais, mais mon ambition, à Lyon, est d’abord d’avoir une approche d’historien. Ma sélection tient compte des copies disponibles, de la diversité du cinéma mondial, du bon moment que vous pourriez passer… Mais ce ne sont pas forcément mes préférés. Dans cette sélection de longs métrages de 1970, il y a beaucoup de films intéressants. Ne vous demandez pas s’ils sont bons ou mauvais, parce que vous vous priveriez du plaisir de la découverte. Car des films qui ne vous sembleront pas réussis, peuvent se révéler fascinants. », a demandé le cinéaste au public lyonnais.

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Quentin Tarantino se passione pour cette année charnière dans l’histoire du cinéma suite à la lecture du livre « Pictures at a Revolution » de Mark Harris, qui définit l’année 1970 comme l’année ou l’ancien Hollywood a laissé sa place au nouveau Hollywood, le tout en s’appuyant sur les cinq films nommés à l’Oscar du meilleur film en 1967 à savoir : Bonnie and Clyde, Le Lauréat, Dans la chaleur de la nuit, Devine qui vient dîner et L’extravagant Dr Dolittle

 « Je voulais pour ma part, identifier le moment où la révolution avait vaincu, et je me souviens très précisément des films que j’ai vus cette année-là, à l’âge de sept ans. C’est un paysage cinématographique très précis dans mon esprit ».

Quentin Tarantino avait 7 ans en 1970, il se souvient avec beaucoup d’émotion de ses parents qui l’emmenaient voir des films, du public qui n’avait pas l’habitude de voir ce genre de cinéma, à l’humour parfois gras et ou le sexe était évoqué frontalement. 

En cinémaniaque qui se respecte, Tarantino a alors épluché tous les livres et critiques disponibles de cette année là, agrandissant son cercle de recherche au cinéma mondial. 

La survie du Nouvel Hollywood était loin d’être garantie, mettant sur la touche le public familiale qui a permis à La Mélodie du Bonheur de rester à l’affiche pendant plus de 5 ans. Mais des succès commerciaux comme Chinatown, Five easy pieces et M.A.S.H ont permis au Nouvel Hollywood de subsister et ainsi que l’apparition de films comme French connection, L’Exorciste ou Ce plaisir qu’on dit charnel

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« Ce que nous appelons le Nouvel Hollywood, qui a existé jusqu’en 1976 (au moins) était plus fragile que je ne le pensais. Cette expérience aurait pu mourir dès 1970. Elle aurait pu ne pas marcher. Finalement, elle a fonctionné car, même si beaucoup de films se sont plantés, il y a eu suffisamment de succès en 1970 pour déclencher le mouvement, en particulier M*A*S*H* et Cinq Pièces Faciles. C’est grâce à eux qu’on a eu Ce plaisir qu’on dit charnel et French Connexion en 1971, puis Le Parrain en 1972, L’Exorciste en 1973, Chinatown en 1974… Sans ces deux films moteurs, le cinéma des années 1970 n’aurait pas été le même. »

Pour le cinéaste, il était aussi important de voir les films des réalisateurs « un peu largués », mais pas dans le but de les juger, car les films les plus intéressants ne sont pas forcément les meilleurs. Il a aussi souligner que des promesses n’avaient pas été tenues, « comme de voir un vrai cinéma afro-américain émerger, avec Watermelon man par exemple, que des vraies voix noires émergent ». Si il est connu comme un grand fan de la Blackspoitation il reconnait qu’elle a « pris la place d’un cinéma noir authentique ». 

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Il en est de même pour le cinéma érotique, qui a connu l’illusion d’un nouvel avenir en dehors du porno pour être projeté dans des grandes salles pour le grand public. Une révolution qui n’a malheureusement, jamais eu lieu même si Russ Meyer (Hollywood Vixens a été un très grand succès) et Ken Russell ont fait de grands oeuvres. 

Quentin Tarantino s’est ensuite intéresse au plus grands genres cinématographiques de cette année charnière, sous l’impulsion de Thierry Frémaux, il a évoqué le western, le cinéma d’arts martiaux, le giallo…

 « Cette obsession pour 1970 a déjà occupé quatre ans de ma vie. Est-ce que je vais écrire un bouquin là-dessus ? Peut-être. Enregistrer un podcast en six parties ? Peut-être. Est-ce que je vais en faire un documentaire ? Peut-être. Je n’en sais rien. (…) Plus je cherche, plus je trouve ! Mais ma première approche de l’année 1970, je vous l’amène ici, à Lyon. »

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Avant de conclure la masterclass par : 

« Si j’ai réussi à éveiller votre curiosité, n’hésitez pas à plonger dans ces tréfonds qui m’occupent depuis quatre ans. Simplement, ne vous comportez pas en juges, ne vous moquez pas si vous ne les trouvez pas terribles ou s’ils finissent en eau de boudin, car vous vous priveriez de merveilleuses découvertes et de fascinantes propositions visuelles. Jouez le jeu du cinéaste, et allez là où il tente de vous amener. »

On aurait pu l’écouter 4h de plus que ça n’aurait pas été assez, le grand Tarantino s’est présenté aux lyonnais en cinéphile, généreux et heureux de partager sa passion pour 1970. On était déjà fan, mais là on peut vous dire qu’on l’aime encore plus. Merci Monsieur

En bonus, la liste personnelle des films que Monsieur Tarantino voulait évoquer pendant la masterclass (merci à Pauline d’avoir partagé)  :

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